Vignoble du Beaujolais en terrasses avec vignes de gamay au premier plan et collines dorées en arrière-plan
Publié le 15 mars 2024

Oubliez tout ce que vous pensiez savoir : le Beaujolais n’est pas qu’un vin primeur, c’est l’épicentre historique et vibrant du mouvement mondial du vin nature.

  • Grâce à des terroirs de granit uniques, les vins expriment une pureté et une fraîcheur inégalées.
  • Une génération de vignerons-artisans, héritiers d’une philosophie sans artifice, a réinventé la région.

Recommandation : Explorez les 10 crus au-delà de l’étiquette « Nouveau » pour déguster des Gamays de garde, complexes et incroyablement digestes.

Chaque année, le troisième jeudi de novembre, le monde se souvient du Beaujolais. Une fête, des arômes de banane, un vin à boire vite. Mais cette image d’Épinal, si populaire soit-elle, est aussi le plus grand malentendu de l’histoire du vin français. Car pendant que le marketing du « Nouveau » battait son plein, une révolution silencieuse, menée par des esprits libres comme le légendaire Jules Chauvet, puis popularisée par des vignerons comme Marcel Lapierre, était en marche. Ces pionniers ne cherchaient pas à faire un vin de fête, mais un vin de vérité.

Leur quête était simple en apparence, mais radicale en pratique : laisser le terroir s’exprimer avec le moins d’intervention possible. Pas de chimie dans les vignes, un minimum de soufre en cave, et une confiance absolue dans le potentiel du cépage roi, le Gamay. Mais si la véritable clé n’était pas seulement la philosophie, mais la parfaite adéquation entre cette philosophie et le terroir du Beaujolais lui-même ? Et si c’était cette synergie qui avait transformé la région en une terre promise pour tous les amateurs de vins « vivants » et authentiques ?

Cet article n’est pas un guide de plus sur le Beaujolais Nouveau. C’est une invitation à un voyage au cœur de la renaissance d’un vignoble. Nous allons déconstruire les mythes, explorer la diversité des terroirs, comprendre les techniques qui changent tout au goût, et vous donner les clés pour rencontrer les artisans qui façonnent aujourd’hui la scène la plus excitante du vin nature mondial. Préparez-vous à redécouvrir le Beaujolais.

Pour ceux qui préfèrent un format condensé, cette vidéo capture l’essence et l’énergie qui animent la nouvelle scène du Beaujolais. C’est une immersion parfaite pour compléter les conseils de ce guide.

Pour vous guider dans cette exploration, nous aborderons tous les aspects qui font du Beaujolais la destination incontournable pour les amateurs de vins authentiques. Du sol à la bouteille, de la visite de cave à l’accord gastronomique, ce guide complet vous donnera toutes les clés pour votre prochaine aventure.

Moulin-à-Vent ou Fleurie : comment distinguer les crus « puissants » des « élégants » ?

La première clé pour comprendre le renouveau du Beaujolais est de réaliser qu’il n’y a pas « un » Beaujolais, mais une mosaïque de terroirs. Tout part du sol. Oubliez les vins standardisés, ici le Gamay se fait le traducteur subtil de la géologie. La distinction la plus parlante se joue entre les crus réputés pour leur puissance, comme Moulin-à-Vent, et ceux célébrés pour leur finesse, comme Fleurie. Le secret ? Ce qui se trouve sous les pieds des vignes.

À Moulin-à-Vent, le sol est riche en argiles et en roches sombres chargées de manganèse, un oligo-élément rare qui donne au vin une structure tannique affirmée, une couleur profonde et un potentiel de garde surprenant. On parle ici de vins charpentés, qui « pinotent » avec l’âge. À l’inverse, Fleurie repose sur un socle de granit rose pur. Ce sol drainant et léger confère au vin un caractère aérien, des arômes floraux intenses (pivoine, violette) et une texture soyeuse en bouche. C’est l’élégance à l’état pur. Visualiser cette différence de matière est essentiel pour comprendre la diversité des styles.

Gros plan sur deux échantillons de sols du Beaujolais : granit rose et sol riche en manganèse

Comme on le voit sur cette image, la différence de texture et de couleur entre les sols est frappante. Cette diversité est le terrain de jeu des vignerons nature, qui, en refusant les intrants, cherchent précisément à mettre en bouteille l’identité de chaque parcelle. Le choix d’un cru n’est donc pas une question de « meilleur » ou de « moins bon », mais une affaire de goût personnel : cherchez-vous la profondeur et la structure, ou la délicatesse et le parfum ? Cette analyse des sols, confirmée par les experts, est le point de départ de toute dégustation sérieuse dans la région.

Cette approche du terroir a été théorisée par des figures comme Jules Chauvet, négociant et chimiste de la région, considéré aujourd’hui comme le père spirituel des vins naturels. Il a été le premier à étudier scientifiquement comment une vinification sans artifices pouvait révéler l’essence même d’un lieu.

Ce tableau, basé sur une analyse géologique détaillée du vignoble, résume les profils des crus les plus emblématiques pour les amateurs de vins nature.

Profils géologiques et styles des crus du Beaujolais nature
Cru Sol dominant Caractéristiques Style du vin nature
Moulin-à-Vent Argiles et roches sombres riches en manganèse On ira chercher plus de puissance dans les argiles et les roches sombres Structuré, profond, potentiel de garde
Fleurie Granit rose Sol drainant et acide Aérien, floral, élégant
Chiroubles 100% granitique Le plus granitique des crus Ultra-fruité, digeste, style ‘infusion’
Régnié Sables granitiques Sol léger et filtrant Juteux, croquant, buvabilité maximale

Comprendre cette grammaire des sols est la première étape pour décoder le Beaujolais et choisir les bouteilles qui vous feront vraiment vibrer, bien loin des idées reçues.

Comment visiter les Pierres Dorées en une journée sans passer sa vie en voiture ?

Si le nord du Beaujolais abrite les crus, le sud, avec ses villages construits en pierre ocre qui lui valent le surnom de « petite Toscane », est une destination en soi. Mais la beauté des Pierres Dorées peut vite se transformer en un marathon automobile si l’on n’a pas de plan. L’approche « slow tourisme », adoptée par de nombreux amateurs de vin nature, est la clé pour vraiment s’imprégner de l’atmosphère de la région.

L’idée est simple : choisir un camp de base et rayonner à un rythme plus lent. Plutôt que de vouloir cocher une liste de dix villages, concentrez-vous sur un ou deux, comme Oingt (classé parmi les Plus Beaux Villages de France) ou Theizé. La meilleure option est de laisser la voiture et d’opter pour un vélo électrique. De nombreux loueurs locaux proposent des itinéraires qui serpentent à travers les vignes, offrant des points de vue spectaculaires sans le stress de la circulation. Cela permet de s’arrêter spontanément, de discuter avec un vigneron dans son champ ou de pique-niquer face à un panorama.

Cette nouvelle forme de tourisme est directement liée à l’effervescence du vin nature. Des événements comme les salons organisés par des collectifs de vignerons attirent une foule internationale de professionnels et d’amateurs, créant une dynamique qui profite à toute la région. Comme le souligne Mathieu Lapierre, fils de Marcel et figure de proue de la nouvelle génération, l’attrait est passé de régional à mondial, forçant la région à s’organiser pour accueillir ce nouveau public curieux et respectueux.

Pour une journée réussie, voici une trame : louez un vélo le matin à Anse ou dans un village central, montez vers Oingt pour une visite matinale, puis redescendez vers Theizé pour un déjeuner dans une auberge locale qui met en avant les vins du secteur. L’après-midi peut être consacré à la visite d’un domaine (réservé à l’avance !) avant de retourner tranquillement à votre point de départ. Vous aurez ainsi vu l’essentiel, mais surtout, vous aurez ressenti l’âme de ce territoire unique.

En adoptant ce rythme, on ne fait pas que visiter un paysage, on entre dans la philosophie des vignerons nature : prendre le temps de comprendre et de savourer.

Vin de garde en Beaujolais : mythe ou réalité à moins de 15 € ?

C’est peut-être le mythe le plus tenace : un Beaujolais, ça ne vieillit pas. Une croyance directement héritée du succès planétaire du Beaujolais Nouveau, un vin primeur par définition. Pourtant, affirmer qu’un Beaujolais ne se garde pas, c’est comme dire que tous les fromages sont des fromages frais. C’est ignorer la complexité des terroirs et le savoir-faire des vignerons. La réalité, c’est que le Beaujolais produit des vins de garde exceptionnels, et souvent à des prix défiant toute concurrence.

Alors, comment est-ce possible ? Tout repose sur le trio terroir, cépage et vinification. Comme nous l’avons vu, des crus comme Moulin-à-Vent ou Morgon, avec leurs sols de schistes décomposés (« roche pourrie ») et d’argiles, donnent au Gamay une structure tannique et une complexité qui demandent du temps pour s’exprimer. Ces vins, jeunes, peuvent paraître un peu stricts, mais après 5, 10, voire 15 ans en cave, ils développent des arômes tertiaires fascinants de sous-bois, de cuir et d’épices, rappelant les plus grands Pinots Noirs de la Bourgogne voisine.

La méthode de vinification est également cruciale. La macération semi-carbonique, une technique où les grappes ne sont pas toutes éraflées, permet d’extraire de la couleur et des tanins de manière douce, préservant le fruit tout en construisant une charpente pour la garde. Les vignerons nature, en travaillant avec de faibles rendements et des raisins très sains, obtiennent une matière première d’une concentration qui autorise un vieillissement harmonieux.

Le plus incroyable, c’est que ces pépites sont souvent accessibles. Alors que les prix en Bourgogne s’envolent, il est tout à fait possible de trouver des Morgon, Fleurie ou Moulin-à-Vent de vignerons talentueux pour moins de 15 ou 20 euros. Ces bouteilles, oubliées quelques années en cave, offriront une expérience de dégustation bluffante. Le secret est de faire confiance aux bons noms et de parier sur les grands millésimes. La réponse est donc claire : le vin de garde en Beaujolais n’est pas un mythe, c’est l’un des secrets les mieux gardés des amateurs de vin avertis.

La prochaine fois que vous choisirez un Beaujolais, achetez-en deux : une pour ce soir, et une pour dans cinq ans. Vous nous remercierez plus tard.

L’erreur de débarquer chez un vigneron indépendant le dimanche sans rendez-vous

L’un des plus grands plaisirs d’un voyage dans le Beaujolais nature est de rencontrer les artisans qui se cachent derrière les bouteilles. On imagine une scène idyllique : arriver à l’improviste dans un domaine, être accueilli à bras ouverts et partager un verre avec le vigneron. La réalité est souvent bien différente, et débarquer sans prévenir, surtout le week-end, est la meilleure façon de repartir déçu. Pourquoi ? Parce qu’un vigneron nature n’est pas un simple vendeur de vin, c’est avant tout un agriculteur et un artisan.

Son temps est précieux et rythmé par les saisons. Il n’est pas dans un showroom, mais dans ses vignes, dans sa cave, ou en train de faire des livraisons. Le dimanche, comme beaucoup de monde, il se repose ou passe du temps en famille. Le témoignage de Raphaël Saint-Cyr, vigneron bio à Anse, est éclairant. Il évoque ses souvenirs d’enfance, pulvérisant des pesticides, et sa décision radicale de tout convertir en bio, préférant « la pioche » aux produits chimiques. Cette anecdote, rapportée par le média Rue89Lyon qui a recueilli son témoignage, illustre l’engagement physique et philosophique total que demande ce métier. Le temps consacré à la vigne est du temps qui n’est pas disponible pour des visites impromptues.

Respecter le travail du vigneron, c’est donc anticiper sa visite. Un contact par email quelques semaines à l’avance est la meilleure approche. Il faut être flexible sur les dates, préciser le nombre de personnes et montrer un réel intérêt pour sa démarche. Et surtout, il est d’usage de repartir avec quelques bouteilles. La dégustation n’est pas gratuite ; acheter du vin est la manière la plus concrète de remercier le vigneron pour le temps qu’il vous a accordé. Si planifier est trop compliqué, une excellente alternative est de visiter les bars à vins et cavistes de la région, qui sont de véritables ambassadeurs et proposent une large sélection de pépites locales.

Votre plan d’action pour une visite réussie chez un vigneron

  1. Prise de contact : Envoyez un email précis 2 à 3 semaines avant votre visite, en évitant les périodes de forte activité comme les vendanges.
  2. Collecte d’informations : Préparez quelques questions sur la philosophie du domaine, les sols ou les méthodes de vinification pour montrer votre intérêt.
  3. Vérification de la cohérence : Assurez-vous que votre demande est en phase avec l’esprit du lieu. Un vigneron nature appréciera une approche curieuse et respectueuse.
  4. Budget et intention : Prévoyez un budget d’achat (la coutume est d’acheter 3 à 6 bouteilles par personne) pour valoriser le temps qui vous est consacré.
  5. Planification d’alternatives : Si une visite n’est pas possible, repérez les cavistes ou bars à vins « ambassadeurs » du village, comme ‘Le Morgon’ à Villié-Morgon.

En suivant ces quelques règles de savoir-vivre, vous transformerez une simple dégustation en un véritable moment de partage et d’échange.

Carbo ou tradition : comment la méthode de vinification change tout le goût ?

Vous avez peut-être déjà entendu le mot « carbo » dans la bouche d’un sommelier branché. Ce terme, diminutif de macération carbonique, n’est pas un gadget marketing. C’est la technique de vinification signature du Beaujolais, et elle est au cœur de l’identité des vins nature de la région. Comprendre son influence, c’est comprendre pourquoi un Gamay d’ici n’a pas le même goût qu’un Gamay d’ailleurs.

La macération carbonique, c’est quoi ? C’est une méthode qui consiste à mettre les grappes de raisin entières (non éraflées) dans une cuve que l’on sature en dioxyde de carbone. Ce gaz inerte déclenche une fermentation à l’intérieur même de chaque baie de raisin. Le résultat ? Une extraction très douce de la couleur et des arômes, sans extraire les tanins durs des peaux et des rafles. Cette technique produit des vins au fruit éclatant (fraise, framboise, cerise), avec des notes florales et une texture incroyablement juteuse et « glouglou ». C’est l’arme secrète pour obtenir une buvabilité maximale.

Mais tous les vignerons ne l’utilisent pas de la même manière. La « carbo » pure et courte (4-10 jours) donne les vins les plus légers et fruités. La semi-carbonique, où une partie des raisins au fond de la cuve s’écrase et commence une fermentation classique, offre un compromis, avec plus de structure. Enfin, la méthode traditionnelle, avec éraflage total des grappes, produit des vins beaucoup plus tanniques et structurés, destinés à une longue garde.

Aujourd’hui, les vignerons nature vont encore plus loin en expérimentant avec les contenants d’élevage. La cuve en béton préserve la pureté du fruit, le foudre de chêne ancien (grand tonneau) apporte de la complexité sans marquer le vin par le bois, et l’amphore en grès ou en terre cuite accentue la minéralité et la texture du vin. Le choix de la méthode et du contenant est une véritable signature d’auteur.

Cave de vinification avec cuves béton, foudres anciens et amphores en grès

Ce tableau comparatif vous aidera à y voir plus clair entre les différentes approches et leur impact sur le style du vin final.

Comparaison des méthodes de vinification en Beaujolais nature
Méthode Processus Durée macération Profil aromatique Potentiel garde
Macération carbonique Grappes entières, CO2 4-10 jours Fruits rouges, pivoine, juteux 2-5 ans
Semi-carbonique Mix grappes/éraflé 10-15 jours Équilibre fruit/structure 5-8 ans
Traditionnelle éraflée 100% égrappé 15-21 jours Épices, tanins marqués 8-15 ans

La prochaine fois que vous dégusterez un Beaujolais, essayez de deviner la méthode utilisée. C’est un excellent exercice pour affûter votre palais et apprécier la vision du vigneron.

Pourquoi préférer les bars spécialisés en vins nature si vous craignez le mal de tête ?

L’un des arguments phares en faveur des vins nature est qu’ils « donnent moins mal à la tête ». Si l’affirmation est souvent vraie, elle mérite d’être nuancée. Un vin nature n’est pas une potion magique. C’est un produit vivant, sans sulfites ajoutés (ou très peu) pour le stabiliser, ce qui le rend plus sensible aux conditions de transport et de conservation. Une mauvaise expérience est vite arrivée. C’est là que les bars à vins et cavistes spécialisés deviennent vos meilleurs alliés.

Le principal coupable des maux de tête liés au vin est souvent le soufre, utilisé comme conservateur. Les vins nature en contiennent des doses infimes. Cependant, une vinification mal maîtrisée peut engendrer d’autres défauts, comme une acidité volatile trop élevée (odeur de vinaigre) ou des arômes « funky » de réduction (étable, chaussette). Un bon sommelier spécialisé est un curateur : il a goûté des centaines de vins et ne sélectionne que les bouteilles stables, sans défauts et représentatives de leur terroir.

De plus, la température de service est critique. Un vin nature est fragile. Une conservation au-dessus de 14°C peut le faire repartir en fermentation et altérer son goût. Un bar spécialisé garantit une chaîne du froid impeccable. Il saura aussi vous conseiller selon vos goûts. Vous aimez les vins tendus et minéraux ? Juteux et fruités ? Avec un léger perlant ? Le sommelier saura traduire vos envies en choisissant la bouteille parfaite, minimisant ainsi le risque d’une déception.

Quand il fait 35 degrés à l’ombre, tu n’as pas envie de boire un Côte-du-Rhône qui est affiché à 15°. Mais plutôt d’un gamay plus léger.

– Alex Foillard, Rue89Lyon – Vin naturel : une autre histoire du Beaujolais

Cette réflexion du jeune vigneron Alex Foillard résume parfaitement l’un des grands atouts du Gamay nature du Beaujolais : sa fraîcheur et sa « buvabilité », qui en font un vin de plaisir par excellence. Faire confiance à un professionnel, c’est s’assurer de vivre cette expérience dans les meilleures conditions possibles.

En somme, fréquenter un bar à vin nature, ce n’est pas seulement acheter une bouteille, c’est bénéficier d’un service, d’une garantie de qualité et d’un conseil précieux.

Beaujolais ou Côte-Rôtie : lequel sert-on sur un tablier de sapeur ?

La question peut sembler provocatrice pour un Lyonnais puriste. Le tablier de sapeur, ce plat emblématique à base de fraise de veau marinée et panée, appelle traditionnellement un vin rouge puissant pour tenir tête à sa richesse. Une Côte-Rôtie (Syrah) ou un Morgon charpenté semblent être des choix évidents. Mais la scène du vin nature adore bousculer les codes, et le Beaujolais a une carte secrète dans sa manche : le Beaujolais blanc.

Oui, le Beaujolais produit aussi du vin blanc ! Issu du cépage Chardonnay, il ne représente qu’une petite partie de la production, mais il est au cœur d’une véritable renaissance. Alors que les Beaujolais-Villages blancs sont souvent ronds et fruités, les vignerons nature en proposent une interprétation radicalement différente : des vins tendus, ciselés, avec une acidité vibrante et une minéralité presque saline, issue des sols argilo-calcaires du sud de la région. On parle d’environ 1.700.000 bouteilles de blancs par an, un chiffre qui montre que ce n’est plus une simple curiosité.

Sur un plat riche et gras comme le tablier de sapeur, l’accord avec un Beaujolais blanc nature fonctionne par contraste. Là où un vin rouge jouerait la carte de l’harmonie et de la puissance, le blanc va trancher. Son acidité vient « nettoyer » le palais, sa fraîcheur allège le plat et sa minéralité répond au croustillant de la panure. C’est un accord audacieux, moderne, qui surprend et réveille les papilles. Des vignerons comme Jean-Claude Lapalu ou des domaines du sud Beaujolais créent des cuvées de Chardonnay qui sont de véritables pépites gastronomiques.

Alors, Beaujolais rouge ou blanc ? Les deux ! Un Morgon ou un Moulin-à-Vent d’un certain âge offrira un accord classique et réconfortant. Un Beaujolais blanc nature proposera une expérience plus dynamique et inattendue. Le choix dépend de votre humeur : tradition ou disruption ? Dans tous les cas, le Beaujolais prouve une fois de plus sa polyvalence et sa capacité à se réinventer, même face aux monuments de la cuisine lyonnaise.

La prochaine fois que l’on vous sert un plat de « cochonnaille » lyonnaise, osez demander un Beaujolais blanc. Vous pourriez bien créer une nouvelle tradition.

À retenir

  • Le Beaujolais est pluriel : la distinction clé se fait entre les crus puissants (Moulin-à-Vent) et les crus élégants (Fleurie), définis par leurs sols.
  • La vinification (surtout la macération carbonique) est la signature de la région et la clé de la « buvabilité » des vins nature.
  • Pour une visite réussie, le respect du temps du vigneron-artisan est primordial : contactez-le à l’avance et prévoyez d’acheter son vin.

Comment participer aux vendanges en Beaujolais sans être un professionnel du vin ?

Après avoir exploré les terroirs, compris les méthodes et rencontré les vignerons, il reste une expérience ultime pour s’immerger totalement dans l’esprit du Beaujolais nature : participer aux vendanges. Loin de l’image industrielle, les vendanges dans un domaine nature sont un moment de travail intense, mais aussi de partage et de convivialité extraordinaires. Et la bonne nouvelle, c’est que c’est accessible à tous, même sans expérience.

La clé est de s’y prendre tôt. Les domaines nature sont souvent de petites structures familiales et leurs équipes de vendangeurs sont un mélange d’habitués, d’amis et de quelques nouvelles têtes. Le meilleur moyen est de contacter directement les domaines que vous appréciez dès le mois de mai ou juin pour la récolte de septembre. Expliquez votre motivation, votre bonne condition physique et votre flexibilité. Les groupes Facebook comme « Vendanges Beaujolais » sont aussi d’excellents relais. La récolte de 2024 s’annonce qualitative malgré une production en légère baisse, avec environ 14 millions de bouteilles prévues pour le millésime, ce qui signifie que chaque grappe compte.

Il faut être préparé : le lever est matinal (souvent vers 6h), le travail est physique (8 heures accroupi ou penché), et les conditions météo peuvent être changeantes. Il faut de bonnes chaussures, des vêtements qui ne craignent rien et beaucoup d’huile de coude. Mais la récompense est immense. Les « mâchons » (casse-croûtes traditionnels) dans les vignes, la camaraderie avec des gens venus du monde entier, la satisfaction de voir les bennes se remplir de raisins magnifiques et, bien sûr, les fêtes de fin de vendanges, sont des souvenirs inoubliables. C’est aussi la meilleure façon d’apprendre sur le vin, en touchant la matière première.

Pour ceux qui ne peuvent pas s’engager sur plusieurs jours, certains domaines organisent des journées « vendangeur d’un jour ». C’est une formule plus légère qui permet de participer à la cueillette pendant quelques heures, suivie d’une visite de cave et d’un repas. Quelle que soit la formule, participer aux vendanges, c’est passer de l’autre côté du miroir, du statut de consommateur à celui, éphémère mais authentique, de contributeur.

Vivre l’expérience des vendanges est le point culminant de la découverte du vignoble, mais cela demande une bonne préparation et la connaissance des bons canaux pour postuler.

Alors, si l’aventure vous tente, n’hésitez plus. C’est en ayant les mains dans les raisins et le dos courbé sur la vigne que l’on comprend vraiment ce que signifie l’expression « vin d’artisan ».

Questions fréquentes sur les vins nature du Beaujolais

Pourquoi les vins nature donnent-ils moins mal à la tête ?

Les vins nature contiennent généralement beaucoup moins de sulfites ajoutés, qui sont souvent une cause de maux de tête. De plus, ils sont élaborés sans intrants chimiques de synthèse. Cependant, pour éviter les mauvaises surprises (comme une acidité volatile trop élevée), il est préférable de s’adresser à un bar ou un caviste spécialisé qui sélectionne des bouteilles stables et sans défauts.

Quelle est la température de conservation idéale ?

Un vin nature est un produit vivant et donc plus fragile. Il doit être conservé à une température stable, idéalement autour de 14°C maximum. Une cave à vin ou un lieu frais et sombre est parfait. Les bars spécialisés garantissent cette chaîne du froid, ce qui est un gage de qualité essentiel.

Comment un sommelier spécialisé peut-il m’aider ?

Un sommelier spécialisé en vins nature joue un rôle de guide. En vous questionnant sur vos préférences (un vin tendu et minéral, juteux et fruité, ou plus « funky » et original ?), il saura vous orienter vers la bouteille qui correspond parfaitement à vos goûts et à l’occasion, vous évitant ainsi de tomber sur un vin qui ne vous plairait pas.

Rédigé par Sophie Delacroix, Sommelière certifiée WSET niveau 4 et consultante en œnotourisme, spécialisée dans les vignobles de la Vallée du Rhône et du Beaujolais. Elle guide amateurs et professionnels à travers les complexités des cépages locaux, du Gamay à la Syrah.